Interview 3SOMESISTERS

The Empowerment House a rencontré 3somesisters le mois dernier après avoir découvert le groupe lors d’un show de folie aux Transmusicales de Rennes.  Entre anti-conformisme, créativité sans limite, émotion profonde et extravagance insolente, « 3somesisters se joue du genre et des genres et dégaine un feu d’artifice impossible à cataloguer : électro tribale, polyphonie dézinguée, pop mutante. »

 

 

Mais derrière cette folie contagieuse se cache une persévérance de fer! Le groupe, toujours en autoproduction vient de sortir son nouvel EP « Rope » à écouter d’urgence, après avoir boucler avec succès une campagne de crowdfunding et développer des projets solo tout aussi impressionnants.

Alors que retient-on de cette rencontre? Et bien que l’intention authentique, l’ouverture et le mélange des genres sont toujours récompensés.

Laissez-vous embarquer!

 

 

Interview Guillaume Capelle – Co-Fondateur de SINGA

La question des réfugiés est depuis quelques mois omniprésente dans la presse européenne.  Et que l’on parle de la jungle de Calais, des agressions de Cologne, des barbelés à la frontière slovène, des débarquements de migrants sur les plages de Lesbos, ou de la mort de jeune Aylan Kurdi, la perception des réfugiés semble cadenassée dans une prison de négativité et de désespoir.

C’est là qu’intervient SINGA. L’association a été co-fondée par Guillaume Capelle et Nathanaël Molle en 2012, soit bien avant la médiatisation massive des migrations de populations syriennes, poussés par l’intuition que « l’intégration des réfugiés était fondamentale pour la société « .

La valeur ajoutée de SINGA est de nous aider à prendre de la hauteur et de démystifier le statut de réfugié « car on en oublie que l’asile c’est d’abord une solution (…) et ça nous paraît être un peu l’essentiel,  que des gens qui viennent de l’extérieur ne soient pas considérés comme des gens qu’ils faut aider, comme des cas sociaux mais plutôt comme des personnes qui peuvent également apporter, contribuer à la société dans laquelle ils vivent. L’idée serait plutôt de lever les barrières. »

Passé par des secteurs aussi que diverses que le marketing au Japon ou la presse people  après ses études de relations internationales, Guillaume nous avoue qu’il ne s’y est  pas senti à sa place,  ce qui l’a amené à se demander « comment  trouver du sens dans sa vie professionnelle étant donné qu’il en avait pour une quarantaine d’années… » Il s’est alors envolé pour l’Australie où il a rejoint Amnesty International pour travailler auprès des populations autochtones. Mais surprise à l’arrivée, l’équipe est complète, ce qui l’amène à être redirigé dans l’équipe d’assistance juridique aux demandeurs d’asile. Comme quoi le hasard fait bien les choses!

La suite de l’histoire à découvrir ici:

 

Abuelas de la Plaza de Mayo, le combat d’une vie

 

Ils sont cinq cents. Cinq cents enfants à avoir été volés à leur famille. Cinq cents bébés arrachés des bras de leur mère par des tortionnaires qui se les sont appropriés comme un butin de guerre. Cinq cents enfants dont l’identité a changé. Cinq cents enfants disparus. Ce sont les « Cinq cents bébés volés de la dictature ».

30 000 « subversifs » disparaissent, des centaines de milliers sont déportés et 500 bébés sont volés.

Le 24 mars 1976, Jorge Videla prend le pouvoir de l’Argentine par un coup d’Etat. Le pays vivait en démocratie, mais le général, profitant d’un marasme politique et économique, arrive à la tête du pouvoir soutenu par une junte militaire importante. Il faut savoir que les pays d’Amérique du Sud voisins étaient, à cette époque, eux aussi sous dictature, le Chili étant le premier pays en 1973 avec l’arrivée au pouvoir du Général Pinochet. Alors que les argentins croient à un coup d’Etat comme il y a pu en avoir auparavant dans le pays, ils se retrouvent à vivre l’enfer. Le général Videla traque, torture et abat tous les argentins qui ne correspondent pas aux préceptes qu’il veut mettre en place. Tout bascule. Les cadres politiques, les ouvriers, les étudiants, personne n’est épargné, pas mêmes les enfants. Appelés les « subversifs », ils sont des militants luttant contre la dictature du général. Ces résistants sont systématiquement arrêtés, torturés et assassinés. Pendant sept ans, 30 000 « subversifs » disparaissent, des centaines de milliers sont déportés et 500 bébés sont volés.

Laura de Carlotto avait 24 ans et était enceinte de deux mois quand elle a été arrêtée. Comme toutes les femmes enceintes enlevées pendant la dictature, elle a été maintenue en vie jusqu’à la naissance de son petit garçon, qu’elle a appelé Guido, du prénom de son grand-père. Quelques minutes après, son fils lui a été enlevé pour être donné à une famille plus proche du régime « Si vos enfants naissent avec vous, ils vont être éduqués dans la haine, alors que nous, nous allons les éduquer dans de bonnes familles catholiques occidentales, respectueuses des valeurs pour lesquelles nous luttons » disait les militaires.  Une fois né, les enfants avait des papiers d’identité trafiqués, étaient « distribués » dans des familles qui, elles-mêmes, savaient d’où ils venaient mais ne disaient rien.

Aujourd’hui, sur les 500 bébés de la dictature, 109 ont été retrouvés par les Grands-mères de la Place de Mai.

Les Grands-Mères de la Place de Mai vieillissent mais ne perdent pas la ligne directrice de leur combat. « Je ne voulais pas mourir sans l’avoir pris dans mes bras », nous confie Estela de Carloto, présidente de l’association Las Abuelas de la Plaza de Mayo. C’est à 47 ans qu’elle perd sa fille, et plus de trente ans après, qu’elle retrouve son petit-fils Guido renommé pendant tout ce temps Ignacio Hurban. Grace aux recherches, aux tracts poussant les jeunes adultes nés entre 1970 et 1980 ayant des doutes sur leurs origines de se rendre au siège social des Grands-Mères de la Place de Mai pour parler avec elles, faire des tests sanguins afin de retrouver leur vraie famille. Guido fait parti de ces jeunes adultes ayant suivi ses pressentiments : « parfois je me demandais si ma mère était vraiment ma mère, et quand je voyais des photos de moi petit, il n’y avait pas de photo de moi bébé. Je lui ai même demandé une fois, maman tu as déjà trompé papa ? Elle m’a frappé. Après je n’ai pas cherché plus loin. Et puis j’ai vu les appels des Grands-Mères de la Place de Mai, elles disaient qu’on pouvait venir les voir si nous avions des doutes. J’y suis allé sans vraiment savoir ce que je cherchais. Et puis de fil en aiguille j’ai appris que mon père n’était pas mon père mais mon tortionnaire. »

« Jamais les militaires ou la police n’auraient pu imaginer que nous, les femmes, étions capables de faire quelque chose d’aussi conséquent. »

Elles n’abandonneront pas, jusqu’au bout, elles se battront. Ces femmes n’ont pas souhaité impliquer leur époux dans cette grande bataille pour ne pas que ce mouvement prenne une forme qui n’était pas la sienne. Ce sont des femmes, des mères, qui cherchent leurs enfants et petits-enfants. Intégrer leur époux aurait rendu leur défense plus massive mais surtout plus vulnérable de par la possibilité de détruire le mouvement plus facilement. « Jamais les militaires ou la police n’auraient pu imaginer que nous, les femmes, étions capable de faire quelque chose d’aussi conséquent comme ce que nous avons fait, ils étaient tellement persuadés que nous, les femmes, étions des êtres inférieurs, qu’il nous manquait des forces, de l’énergie » raconte Maria Chorobik de Mariani, co-fondatrice de l’association des grands mères de la place de Mai.

Tous les jeudis, et ce, depuis des années, elles se retrouvent Place de Mai pour revendiquer leur droit : celui d’avoir été mères, grand-mères, et de l’être encore aujourd’hui. Elles se retrouvent, ensemble, et avec les années, leur groupe a pris de l’ampleur. « A chaque fois que nous nous réunissions, d’autres grands mères nous retrouvaient, nous étions de plus en plus nombreuses, nous avions cette préoccupation de voyager, de sortir du pays pour faire connaître notre cause à l’étranger. Nous avons eu de la chance, partout il y a eu beaucoup de solidarité, l’Espagne, la Belgique, la Hollande, la France, beaucoup de pays nous ont reçues et aidées financièrement» explique Rosa Roisinblit, vice-présidente de l’association des Grands-Mères de la Place de Mai. Ces femmes se sont lancées dans cette immense tâche qu’est celle d’expliquer au monde la dimension réelle de ce crime d’Etat alors qu’en Argentine, tout est passé sous silence.

Aujourd’hui, elles sont le noyau résistant mais des jeunes, des groupes et d’autres associations s’impliquent dans leurs recherches. C’est bien plus qu’une question de recherche d’enfants, c’est la recherche de la vérité, la reconnaissance d’une période historique ayant marqué le pays et son peuple, la reconnaissance de ses disparitions qui ne l’ont jamais été. Encore maintenant, il est très difficile de reconnaître ce que l’Etat a fait subir aux argentins. En 2012, le général Jorge Videla et le militaire Reynaldo Benito (qui prend le pouvoir entre 1982 et 1983) sont jugés pour crime d’état, crime contre l’humanité. Le procès prend des années et les dictateurs se défendent avec ténacité. On trouve encore des partisans de cette dictature qui défendent leurs chefs. Il est très difficile pour le pays de reconnaître cette période d’horreur. Même si la dictature prend fin officiellement en 1983, ce n’est qu’à l’arrivée de Nestor Kirchner que le voile commence à se lever sur ces années de terreur et que le travail de reconnaissance peut prendre forme.

Alexandre Valenti, réalisateur d’un documentaire traitant de l’affaire de ces 500 bébés volés, lui-même argentin exilé en France comme 600 000 autres argentins pendant la dictature dit : « Mais c’est l’arrivée de Nestor Kirchner au pouvoir, en 2003, qui a véritablement marqué un tournant. En abolissant les lois d’impunité de ses prédécesseurs, qui sous couvert de réconciliation nationale protégeaient de fait les criminels de la dictature, il a ouvert la boîte de Pandore. » 

Dans leurs yeux, j’ai vu la force.

J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer les Grands-Mères de la place de Mai, elles sont reconnaissables par leur tenues, souvent sombres avec toujours un fichu recouvrant leurs cheveux. Elles couvraient leurs cheveux avec un lange de leur enfant pour être reconnues, aperçues et mises en avant, pour montrer et démontrer ce que la dictature leur avait pris, volé. C’est toujours dans cette même démarche, qu’elles continuent les tours de la place de Mai.

Dans leurs yeux, j’ai vu la force. La force de se battre, jusqu’au bout, peu importe les difficultés, les barrières, les menaces, les attaques, les répressions, les insultes, peu importe qu’elles soient prises en compte ou non, peu importe les mensonges, les fausses déclarations, les portes fermées. Videla a dit un jour à la télévision : « elles cherchent des disparus. On ne peut rien faire pour ces femmes, elles cherchent quelque chose qui n’existe pas, on ne peut donc pas ouvrir d’instruction puisque l’élément ciblé n’existe plus ». Elles n’ont jamais lâché, elles ne lâcheront pas. Et après elles, les enfants retrouvés continueront de se battre.

« Retrouver chacun de nos petits fils relève du miracle, c’est comme retrouver une aiguille dans une botte de foin. Nous ne savons pas où ils sont, à qui ils ressemblent, où ils vivent, qui leur a donné un faux nom ». Victoria Montenegro, enlevée à l’âge de 15 jours en 1976, Alejandro Sandoval Fontana, enlevé à la naissance en 1977. Avec de la ténacité, de la hargne, du courage, beaucoup, ces enfants disparus retrouvent un nom, une famille, des origines, une identité.

Ces femmes sont un exemple à suivre à travers leur force de combat. Ces vieilles femmes remuent ciel et terre pour retrouver les enfants de leurs filles, de leurs fils, volé pendant la junte militaire. Leur combat à redonner une identité à une centaine d’enfants et a permis la condamnation de plusieurs hauts placés… Il n’y a pas de bataille impossible.

Interview Mohamed le Suédois

Tout a commencé en avril 2015. On décide de se lancer pour prouver à la Terre entière que les gens formidables sont plus nombreux que ce qu’on nous laisse imaginer et partons à la conquête de la place de la République à la recherche de puissants témoignages de parcours de vie type Humans of New-York à la sauce Xavier Niel. C’est donc armées de notre appareil photo et ricanant telles deux adolescentes face à Zac Effron que nous nous dirigeons vers notre première cible. Sourires chaleureux et dégaine à la Babylon Circus, on s’imagine que le petit groupe d’espagnols tout droit sorti d’un meeting de Podemos a des rêves plein la tête et serait heureux de nous le faire savoir. Au lieu de ça, ils arrêtent de rire quand on les aborde, nous disent qu’ils doivent y aller et quittent la place. Je me sens comme un chien errant à qui l’on aurait refusé la douce caresse de la bienveillance mais ce sentiment de rejet honteux s’estompe quand je vois Léo tout sourire, déjà partie à la rencontre du prochain badaud comme si elle avait passé les dix dernières années de sa vie à faire des collectes pour la Croix-Rouge. Deuxième échec. Troisième échec. Dixième échec.

On décide de remonter la rue du Faubourg du Temple afin d’étancher notre soif positivité et d’histoires chevaleresques et mettons finalement un terme à notre expédition après nous être pris un énième malheureux râteau par un tenancier de Kebab. On se dirige vers le métro pour que cette virée de la solitude se transforme en souvenir le plus rapidement possible; il pleut, on entame l’analyse de notre cuisant  échec et nous remettons à glousser allègrement comme nous savons si bien le faire.

C’est alors que nous nous faisons aborder par deux jeunes hommes devant l’Apollo Théâtre. D’ordinaire on les aurait sûrement pris pour deux jeunes hommes aux techniques d’approche indigestes mais étant toutes deux d’une nature à accueillir à bras ouverts les opportunités que nous offre la vie et décidant de donner une dernière chance à notre initiative, on décide de suivre nos deux compères à la pizzeria.

On découvre alors autour d’une bière et d’une pesto-jambon cru que l’Univers nous a apporté Mohamed le Suédois sur un plateau et réalisons que nous avons entre les mains l’une des histoires de vie la plus puissante qui soit. Puissante, parce que Mohamed est parti de rien, n’a cru qu’en son intuition, n’a cessé de se faire confiance et a grimpé les échelons à coup de dépassement de soi, de travail acharné et de douloureuses remises en question. Une inspiration sans égale à découvrir en vidéo!

 

 

15 titres pour vous sentir aussi puissant que Mojojo.

C’est mercredi! Soit le hump day chez nos amis d’outre Manche. Littéralement, cela signifie le jour-bosse, jour-colline ou jour-montagne selon la difficulté de votre existence. En effet, le mercredi c’est le milieu de votre semaine de labeur: vos bonnes intentions du lundi se sont affaissées avec vous devant le SuperBowl et vos plans du week-end sont encore trop loin pour vous tirer de votre indolente léthargie. Alors aujourd’hui, The Empowerment House vient à votre rescousse et vous administre une picouse thermodynamiquechaleurbonheur pour vous ramener à la vie! Cette semaine, on se laisser aller à la folie, au voyage, à l’insubordination au badbitchism et à l’autolâtrie. Aimez-vous, soyez fier et confiant, bougez les lignes et osez!

“Soyez-vous mêmes, les autres sont déjà pris” (merci Oscar) et bonne écoute!

1- Neïman feat Sizzla -OK

 

2-GUTS feat Patrice – Want It Back

 

3-Mary Mary – Shackles

 

4-Kali Uchis- Ridin Round

 

5-Rye Rye – Hardcore Girls

 

6-113 – Tonton Du Bled

 

7-Calle 13 – Latinoamérica

 

8-Buraka Som Sistema – Cadonga

 

9- Kanye West – Amazing

 

10-Tina Turner – Proud Mary

 

11-Queen – Don’t Stop Me Now

 

12-David Bowie – Rebel Rebel

 

13- Destiny’s Child – Bootylicious

 

14-Curtis Mayfield – Move On Up

 

15-Beyoncé – Formation

 

Interview: notre rencontre avec GUTS en studio!

23 décembre, 14h22. Je ne sais pas si c’est la veille des vacances, l’idée de rentrer en Bretagne ou la voix de Tina Turner qui résonne dans mes écouteurs, mais je vis un de ces moments durant lequel je me sens en ébullition et succombe à cette sensation enivrante de toute-puissance qui me met le feu au cœur et aux tripes en pensant aux projets que je souhaite porter, aux gens que je brûle de rencontrer et au futur que je veux créer. Durant les quelques minutes que m’accordent cette folle véhémence,  je suis persuadée que rien n’est impossible, qu’il n’y a plus ni permissions ni conventions, et que même Barack Obama répondrait positivement à une demande de rencontre de T.E.H. Alors à 14h22, je décide d’écrire à une personne dont l’œuvre m’époustoufle et le talent m’empoigne, afin de lui proposer une interview dans laquelle il nous raconterait son amour de la musique, des gens et de la vie. Puis l’ébriété retombe, Tina se tait et me voilà  de retour dans mon open-space avec une sensation de confusion mentale ayant donné un gros coup de pied au cul à ma pleine conscience et me laissant dubitative sur le pourquoi de mes projets.   Mais Facebook avait raison, GUTS « typically replies within an hour » et me gratifie d’un “excellente idée, où es-tu basée?” d’une accessibilité déconcertante qui finira par d’autant plus m’intimider. Pourquoi ? Parce que même après avoir connu le triomphe d’Alliance Ethnik et collaboré avec  Bob Power, Patrice, Cody Chesnutt ou encore Leron Thomas, GUTS rentre du studio en vélo, se tient loin de la lumière des médias, semble aimer tout le monde et nous accueille presque comme des potes. Une belle claque d’humilité, de sagesse, d’humanité et de passion à lire bien installé,  bossa nova dans les oreilles, amour dans le cœur et… téléphone éteint. Pura Vida!

Comment as-tu découvert la musique ?

Je suis un mec de cité,  j’ai vécu toute ma jeunesse dans un milieu à la fois riche -mélange des cultures- et à la fois plein de mères célibataires.  Du coup, entre enfants de mères célibataires, on avait tendance à tous se retrouver et on partageait deux choses qui étaient le foot et la musique. Les plus grands faisaient découvrir le funk ou le reggae et à côté de ça, ma mère qui achetait des skeuds me faisait découvrir son délire disco, Elton John, Abba (soupir) mais heureusement elle avait  aussi un petit délire Stevie Wonder ! Et tout ce mélange m’a évidemment nourri mais le rap n’était pas encore arrivé donc ouais j’étais vraiment aux prémisses (rires).

T’as fait des études ?

Oui j’ai fait des études mais du coup la passion a pris le dessus. Et j’étais tellement absorbé par tout le mouvement autour du hip-hop que j’ai pas pu tenir. J’étais en Première, je suis passé en Terminale et le problème c’est que comme j’étais tellement actif tous les soirs et toutes les nuits dans ma musique, quand j’allais en cours et je pionçais. J’étais mort,  je captais plus rien et du coup j’ai lâché l’affaire.

Ça s’est passé comment l’arrivée du hip-hop pour toi ?

J’avais un pote de vélo et bizarrement c’était un de mes seuls potes qui n’était pas de ma cité.  On se faisait des grosses randonnées vélo bien fâchées et un jour il m’emmène chez lui pour me faire écouter une cassette qu’il avait enregistrée sur une radio. C’était Dee Nasty notre précurseur à tous, genre le premier DJ hip-hop en France qui animait cette émission-là. Et mon pote me dit « tiens vas-y écoute c’est incroyable, c’est quoi cette musique de fou ? ». Et là il me fait découvrir du hip-hop électro parce qu’à la base c’était hyper électro. Je découvre ça, donc tout de suite je rentre dans ma cité, j’écoute cette radio-là, je fais découvrir ça à mes potes et le fait de ramener ça dans mon quartier, le fait que ça m’ait parlé et le fait que ce soit quelque chose de tout nouveau et bien ça m’a piqué. De fil en aiguille j’enregistrais toutes les émissions, j’écoutais le mec à la radio citer les disques, j’écrivais les noms et j’allais à la FNAC acheter les vinyles à l’époque où c’en était gavé. Et tous les vendredi soir à 17h, ils recevaient les imports américains, donc toute notre petite communauté des années 80 se retrouvait là-bas. C’était le rendez-vous incontournable  donc tous les beatmaker et DJ de Paris se connaissaient parce qu’il y avait ce rituel-là.

T’es passé par les platines avant d’être producteur ?

Oui, j’ai commencé à faire le DJ et évidemment ça a donné un sens à ma vie parce que j’ai vu que ça parlait, j’ai vu que c’était mon truc et puis quand t’es fils unique avec une mère célibataire, t’as beaucoup de temps libre, tu rêves, tu te fais chier et c’est parfait pour la création. Ca  a développé ma fibre créative et  curieuse, et plus ça allait,  plus j’étais envouté par cette musique et ce mouvement. Et ce que j’ai aimé en tous cas c’était ce côté embryonnaire. J’étais au cœur de quelque chose et ça me permettait de rencontrer plein de gens parce que moi j’étais le seul de ma cité à être piqué par ça. Du coup je me retrouvais avec plein de lascars de partout et rapidement tu connais les dj, les kiffeurs de musique et après tu commences à connaitre les trois quatre rappeurs qui commencent déjà à taquiner un peu, tu connais les danseurs, tu commences à connaitre les graffeurs et là tu dis « ah yes mais c’est un mouvement en fait ». Donc de fil en aiguille,  en étant moi dans ma cité avec mes skeuds à commencer à scratcher, à commencer à écouter du son à fond avec ces fameux rendez-vous à la FNAC le vendredi, à connaitre plein de monde dans le mouvement hip-hop à Paris, je finis par faire connaissance avec une association qui s’appelle IZB (Incredible-Zulu-B.Boys) à l’époque, et c’est marrant parce que le mec de cette association est maintenant le patron de Live Nation France  donc c’est un truc de ouf ! Et eux c’était les premiers à organiser des concerts à Paris où ils faisaient venir des artistes américains et en même temps ils organisaient aussi des voyages à Londres et à New-York pour que nous aussi on puisse aller voir des artistes américains, et ils organisaient des soirées qui fédéraient à fond entre les gens du mouvement.

C’est à ce moment-là que vous avez créé Alliance Ethnik ?

Oui, j’ai rencontré un autre beatmaker de Creil qui me présente un mec qui faisait du fast et c’était K-Mel, le fameux mec d’Alliance Ethnik. Là très vite on monte un groupe et comme il y avait deux ritals et deux rebeux, on a décidé de s’appeler Alliance Ethnik. On était  quasiment les premiers à sampler du gros funk alors qu’ils samplaient tous du jazz. On commence à faire des petits concerts, des démos et on se démarque d’IAM, Minister Amer, NTM ou Assassin parce qu’on avait un délire un peu plus funk, un peu plus fun et festif.  Et du coup, c’est comme ça qu’on se fait remarquer. Mais de toute façon il fallait absolument marquer sa différence, c’était hyper important. Et c’était ça qui était génial, c’est qu’il y avait une identité très forte et marquée dans tous ces groupes de la  fin des années 80 début des années 90 et cette différence était déterminante. Donc grâce à ça, on a fait la première partie d’IAM et c’est là où le buzz a été le plus important. Les labels sont tous venus nous voir, c’était un truc de fou. On a choisi Delabel, qui est une branche de Virgin, et ça s’est super bien passé. Ça a duré de 94 à 2000 on a vécu une histoire absolument incroyable et en 2000, après deux albums, on avait tous envie de faire des choses en solo, donc on a splité d’un commun accord et chacun est parti dans son délire.

Et tu te dis quoi pendant les premiers succès d’Alliance Ethnik?

Tu sens que la mayonnaise prend et tu sens une effervescence, une émulsion. Moi le souvenir que j’en ai c’est que j’étais très insouciant, un peu naïf et tellement passionné ! J’avais la tête dans le guidon que du coup je ne calculais pas trop. J’ai pas réagi en mode « putain je suis en train de vivre un rêve de fou ». J’étais en plein bonheur mais je fonçais. J’étais pas là pour prendre la grosse tête.

C’est pour ça que tu refuses la médiatisation ?

Dès le départ j’ai toujours eu une nature à vouloir rester discret. Au début j’étais quelqu’un de timide, ça se voit plus maintenant mais c’est vrai que le hip-hop m’a complètement dévergondé. A côté de ça, je me suis toujours dis que les gens ne m’aimaient pas moi mais qu’ils aimaient ma musique. Donc il faut pas tout mélanger. Je suis quelqu’un de  détestable et imbuvable si ça se trouve, mais si ma musique arrive à vous émouvoir alors aimez ma musique et puis laissez-moi tranquille (rires). Mais j’ai besoin d’être discret, j’ai pas envie qu’on me reconnaisse, j’ai pas envie d’être dérangé,  j’ai même pas de portable. J’ai pas envie de parler à quelqu’un alors que je suis en train de travailler, que je suis en au restaurant avec vous, que je suis en train de boire un coup avec un pote. En fait j’ai jamais envie de répondre au téléphone donc je communique par mail et comme ça je réponds quand je veux. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui on associe beaucoup la musique avec l’image de l’artiste. Et il y a des artistes, tu sens que ça marche parce qu’ils ont une forte personnalité, parce qu’ils ont déjà une histoire qui parle aux auditeurs, parce qu’il ou elle vient d’une télé réalité donc il y a déjà un personnage. Donc y’a le personnage qui est au centre et après boom, il y a la musique qui va avec. Mais du coup la musique passe après.

Dans tes albums perso, tu mets beaucoup en musique des textes très émancipateurs, très humains, très « rien n’est impossible ». Ça vient d’où ?

Moi je suis comme ça personnellement donc j’essaie de le traduire dans ma musique mais c’est pas facile parce qu’à la base je suis beatmaker.  J’aurais envie de chanter, de rapper, d’écrire et tout mais comme je le fais pas vraiment et bien je vais être créatif. Et c’est toujours le manque de moyen qui va t’amener à être créatif. Et du coup qu’est-ce que je fais comme je peux pas chanter ou rapper, et bien je vais essayer d’aller chercher des poètes, de sampler, de chercher des concepts, des phrases fortes, des mots… Après, je vais inviter des artistes qui vont me dire « moi j’ai ça comme message, est-ce que ça te parle? »  Ou alors je vais sampler un poème ou des voix pour délivrer des messages positifs parce que c’est ma nature et que c’est comme ça que je vois les choses. Tu vois pour Want It Back, j’aurais envie que les enfants tirent les oreilles des adultes, qu’ils leur disent « vous voyez pas que vous allez nous laisser une terre de merde,  là vous êtes en train de foutre le bordel, y’a un moment donné, rattrapez-vous. Nous, vos enfants, on va dans le mur à cause de vous. Donc du coup faudrait qu’on prenne tout de suite le pouvoir, on a 5 ans et faudrait qu’on le prenne pour vite stopper vos conneries. » Donc effectivement c’est cet angle là que j’essaie de transmettre.

C’est ce côté humain qui t’a poussé à faire le déplacement à New-York pour Hip-Hop After All à l’heure du tout digital et des projets par boites mail interposées ?

C’était important parce que de par mon expérience des années 90, j’étais tout le temps amené à collaborer en studio et en direct avec les artistes. Et ça, ça a toujours existé jusqu’à internet. Et en venant de cette génération et de cette culture, je sais les vertus et le bénéfice que tu peux avoir en enregistrant en direct et en étant avec les artistes. Et les jeunes ne savent pas forcément les bénéfices et les vertus que ça peut avoir donc du coup ils se posent pas la question. Et donc c’est « allez mec t’es aux États-Unis, tu peux m’enregistrer un couplet, un refrain, ce piano, ceci, cela » parce que voilà c’est comme ça que ça marche. Mais du coup je sais par expérience que j’ai déjà essayé de faire ça à distance et j’ai vu, je fais tellement mieux quand je suis avec l’artiste qu’il n’y a pas photo.

Tu penses quoi de la branche égocentrique et bling-bling du hip-hop ?

Souvent t’as les gens qui revendiquent le hip-hop avec le côté contestataire et t’as les gens qui revendiquent le hip-hop avec le côté festif. Mais en fait c’est les deux. Parce qu’au début quand les mecs dans le Bronx ils sortaient leur platines, ils les mettaient dans le bas de l’immeuble et ils faisaient des soirées sauvages avec tous les gens qui venaient, ils racontaient des histoires de cul, de dealers, ils racontaient des histoires de quartier, ils faisaient la fête en invitant tout le monde parce qu’ils se faisaient chier. Mais ils racontaient aussi des trucs comme quoi voilà, on est dans le ghetto, on nous prend pour des cons, on est des exclus, des trucs super engagés, profonds et poétique  donc finalement ça vient des deux, ça vient du côté festif où les mecs dansaient dans la rue, jouaient du funk, de la soul, et ils rappaient dessus. Donc y’a pas de ça vient du côté contestataire ou ça vient du côté festif : ça vient des deux !

Tu as beaucoup d’influences du monde entier, c’est le hip-hop qui t’as ouvert aux autres musiques ou tu ratissais déjà large ?

Oui c’est le hip-hop qui m’a fait aimer les autres musiques parce que comme c’est une musique de samples, en cherchant j’ai découvert des patrimoines musicaux incroyables comme la musique brésilienne. C’est l’une des dernières musiques qui m’ait transcendée. Au début j’étais plus reggae, jazz, soul, après j’ai découvert la musique africaine, après la musique plus de l’est, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie, Russie, un peu moins la musique en Asie je t’avoue, mais en musique japonaise j’ai découvert des trucs ultra intéressants mais alors l’Amérique du Sud je me suis régalé.

Et pour les Beach Digging t’as eu l’occasion de rencontrer certains des artistes ?

Non c’est le label qui contacte les ayant-droits et parfois t’as même pas les artistes, t’as juste un producteur, parfois ils sont morts, parfois tu les retrouves même pas parce que c’est un vieux disque des années 70 égaré. Donc si jamais vous tombez sur cette compile et que vous êtes l’ayant droit contactez-nous parce qu’on vous a pas retrouvé ! (rires) mais du coup j’ai pas eu l’occasion vraiment de rencontrer les artistes que j’ai pu compiler dans Beach Digging. Là y’a un tunisien qui se nomme Jemaa Bouzrara qui faisait du funk dans les années 70 que je vais compiler sur le Beach Digging volume 4,  je l’ai pas rencontré mais nous sommes en contact grâce à ma meilleure amie, il est sur la région parisienne donc une éventuelle rencontre est certainement envisageable .

On t’a ramené des papiers, il faut que tu en pioches trois et tu les commentes.

« A partir de maintenant la vie est une valeur » (Tiré de aimer sans amour) :

Je veux pas être donneur de leçons mais quand tu me montres cette phrase c’est vrai que j’ai juste envie de dire que c’est pas que la vie doit être importante en soi mais on devrait avoir de la considération pour les vivants et pouvoir les regarder dans les yeux avoir un sourire, avoir de la compassion et ne pas être indifférent en fait. Pour moi le pire des trucs c’est l’indifférence, c’est horrible et ça me rend fou. Et c’est à ça que me renvoie cette phrase. Et puis essayer de se comprendre, car plus on se comprend et mieux on vit ensemble. Ça c’est un truc que j’ai toujours compris. J’ai eu la chance de voyager et de vivre dans une cité qui m’a enrichie. Parce qu’il y a des gens qui vivent dans des cités, ça les appauvrit. Mais moi ça m’a enrichi parce que j’ai échangé, on s’est enrichi mutuellement, les anciens m’ont appris, j’ai vécu avec plein de gens différents et ça m’a été hyper bénéfique, ça m’a ouvert l’esprit de connaitre toutes les cultures. En plus j’étais dans une cité à Boulogne donc je pouvais en sortir et je rencontrais aussi des gens qui avaient de l’argent parce que j’étais dans un collège de gens un peu thunés, un peu huppés donc c’est là où tu te dis,  « putain la mixité c’est mortel ». Je l’ai vécu de A à Z et ça a été le truc le plus beau qui me soit arrivé.  Mais y’a des gens qui ne peuvent pas, qui sont dans les quartiers et qui n’ont aucune relation avec les gens de milieux sociaux plus aisés et inversement aussi. Et du coup c’est fou mais ces histoires identitaires, dès qu’on est tous cloisonnés, séparés, on se comprend pas et après on donne une image biaisée, pervertie de  toutes ces communautés. Elle, elle est  comme ça et puis elle comme ça, et puis eux ils sont méchants, ils sont dangereux et puis eux laisse tomber ils pensent qu’à l’argent et donc voilà c’est n’importe quoi. Et donc du coup ouais, ce serait mixité à fond mais c’est compliqué parce qu’il faut casser tous les murs qui nous séparent et il faut qu’on se fasse se rencontrer.

« C’était mieux avant » :

Je ne valide pas cette phrase, ou en tous cas elle ne me parle pas, parce qu’en pensant à ce qui était mieux avant, tu mets le doigt sur ce qui était mieux avant par rapport à maintenant, mais ce qui était pourri avant et ce qui est mieux maintenant tu le vois pas. Et j’ai plein d’exemples de ce qui était pourri avant et mieux maintenant et vice-versa. Et en plus quand tu te focalises trop sur tes souvenirs, quand t’es trop mélancolique, quand t’es trop à regarder derrière, je trouve que tu génères des frustrations, je trouve que tu deviens vieux con et c’est pas bon. C’est important d’aller vers l’avenir, de regarder devant soi, d’être optimiste. Et puis quand tu dis que c’était mieux avant, tu n’es plus acteur pour avoir un impact positif et agir pour que les choses aillent dans le bon sens. Avec cette phrase-là t’es passif et observateur, mais t’es pas acteur.

Empowerment :

Ça c’est génial, j’aime beaucoup l’idée d’aller réveiller chez les gens en général, mais chez les jeunes gens évidemment plus, des fibres, des compétences, des facultés  des facilités dont eux-mêmes n’ont pas conscience parce qu’ils n’ont pas connu, ou ils n’ont pas l’idée que, ou alors ils ne connaissent pas. Donc dans l’ignorance et le non-savoir, le fait qu’ils n’aient pas eu la chance de rencontrer la personne qui génère le déclic, ces personnes-là elles ne sont pas à leur place, pas épanouies ou pas dans le bon chemin de vie et tu vois y’a un chemin qui les attend mais elles n’ont pas su le prendre alors qu’elles ont une fibre, une capacité, mais elles n’ont pas mis le doigt dessus car elles-mêmes ne savent pas et c’est vraiment dommage. C’est pour ça que je dis toujours aux enfants soyez curieux, il faut tout essayer, tous les arts, les métiers, essaye de parler avec des gens, invite le à taper le ballon, découvre plein de choses, développe ta curiosité et plus tu vas essayer des choses, même si au début ça te branche pas trop, plus tu vas t’ouvrir, plus tu vas être curieux et y’a de fortes chances que tu t’éclates, que tu trouves un sens à ta vie, que tu fasses les bons choix et que tu  trouves le bon chemin… ¨

« J’ai décidé de tout claquer pour partir en Argentine »

 

1 an : rentrée à la crèche. L’enfant rencontre d’autres enfants du même âge. Environnement fermé, horaires strictes.

3 ans : rentrée à la maternelle. L’enfant continue sur sa lancée. Levé à la même heure que ses parents, il apprend toute la journée, dans un cadre, les couleurs, les formes et les animaux à travers des jeux « ludiques ». Il mange, dort, goûte, travaille, joue, dans un même lieu, tous les jours de la semaine.

6 ans : rentrée au primaire. On entre dans le sérieux. Assis, l’enfant apprend les bases des mathématiques, de l’histoire, du français et des sciences naturelles. Il apprend avec ses camarades la vie en société et avec son maitre, la hiérarchie et le respect. C’est le début de la notation et des appréciations données par l’autorité.

11 ans : l’entrée au collège. Il faut choisir la première langue à étudier. Souvent l’anglais. Deux ans plus tard, une deuxième langue. Dernière année, il faut choisir la filière à suivre : professionnalisant ou non.

15 ans : entrée au lycée. Un an pour choisir son avenir scolaire. Doué en mathématiques, c’est le baccalauréat scientifique, bon en économie et histoire, direction la filière économique et puis si c’est la philosophie et les lettres, direction la filière littéraire. Et puis il y a les autres, ceux qui ne répondent pas aux canons de beauté de l’éducation nationale et qui se verront donc séparés de leurs camarades pour ne pas perturber des groupes sociaux institués, hiérarchisés, endogames et souvent héréditaires pour rejoindre des filières technologiques. Car le postulat actuel, c’est que l’enseignement est un espace dichotomique où le technique et le général ne doivent pas se croiser. Cela pourrait-il faire  de la plus belle institution qu’il soit le berceau de la fracture sociale ?

J’ai, tu as, il a, nous avons, vous avez, ils ont ou l’injonction du savoir théorique.

Une fois ces 18 ans d’étude terminés, il est temps d’enchaîner avec la belle et majestueuse école supérieure, dans la lignée des études choisies à 15 ans. Certes, l’école enseigne un cadre de vie, très structuré avec l’apprentissage du respect, de la hiérarchie, des autres, du « vivre ensemble ». Et l’école apprend aussi à apprendre. C’est une bonne chose, mais seulement si l’apprenti sait ce qu’il veut …

C’est à ce moment-là que le développement personnel prend toute son importance. Pourtant, il n’est pas enseigné à l’école. Personne ne nous demande un jour « Qui es-tu ? », « Qui ? ». Regarde toi dans le miroir et demande toi qui tu es sans répondre : « étudiant en tourisme », « professeur d’histoire », « médecin ». Qui es-tu ? Quelle personne es-tu ? Quelles sont tes passions, tes valeurs, tes idéaux ? Pourquoi te lèves-tu le matin ? Pourquoi travailles-tu ? Pourquoi habites-tu ici et pas ailleurs ? Qu’est ce qui t’anime, te réanime, te pousse, te soutient, te maintient ? C’est en prenant le temps de se développer personnellement que ces questions trouvent des réponses. Trouver son chemin relève presque de l’impossible et finalement ce n’est peut-être pas la destination qui est importante mais bien le chemin que nous allons emprunter, un chemin initiatique nécessaire au développement.

Alors que la voie scolaire se dessine d’elle-même, le développement personnel demande un investissement bien différent. Au même titre que la vie « pratique », il demande du travail. Un travail calme, solitaire parfois et très prenant. Mais surtout, il demande du temps, de l’attention, de l’investissement et du courage. Décider de se développer personnellement c’est décider de se connaître au risque de ne pas adhérer au système dans lequel nous sommes et de voir toutes ses certitudes s’écrouler. C’est aller contre ses traditions, ses valeurs enseignées, ses vérités véridiques apprises et établies. C’est une des raisons pour lesquelles se chercher demande du courage. Il n’est pas évident d’accepter de trouver ses réponses, et pourtant, se connaître soi-même apporte une sérénité, une ouverture et une liberté insoupçonnée.

L’empowerment peut se manifester à travers une multitude de façons. Le mien s’est déployé au moment où j’ai décidé de tout claquer pour partir en Argentine.

J’aurais dû rentrer en Master en septembre 2015. Je suis en Argentine. Non pas parce que je ne veux plus aller à l’école, mais parce que j’ai besoin, en parallèle de mon apprentissage « classique » d’apprendre qui je suis, ce que je fais ici pourquoi et comment. L’Argentine me fait vibrer depuis des années, et puis c’est tellement facile de dire, « un jour j’irai » pour finalement toujours se trouver de belles et bonnes raisons de ne pas sortir de sa zone de confort et de s’emmitoufler dans une ignorance plutôt que d’affronter des vérités cachées. Mais non, j’ai pris une décision, pas facile, mais elle était prise. Je pars. Je pars pour trouver ma place, trouver la personne que je suis, je pars pour trouver ma terre, la mienne, pas celle de mes parents, pas celle de mes frères et sœurs, de mon école, de mes amis, de mes racines, la mienne. Je pars pour trouver mes repères, mes idées, mes valeurs, mes envies, mes désirs et mes peurs, je pars pour me confronter à moi, seulement moi, dans un environnement que je choisis, dans une vie que je décide. Je pars pour me développer moi-même en quittant ce qui me rassure.

Sortir de sa zone de confort c’est apprendre qui on est, se surpasser, se développer, se voir grandir, bouger, respirer, sentir, aimer, pleurer. C’est s’ouvrir, s’extérioriser, apprendre, regarder, analyser, découvrir, et prendre du recul. C’est aussi ne plus avoir honte, apprendre à dépasser ses peurs, ses angoisses, ses frayeurs, c’est comprendre comment notre tête fonctionne, comment notre corps bouge, comment notre cœur bat. Nous sommes tous uniques, il faut se trouver pour le savoir et en tirer le meilleur pour nous-même et pour le monde qui nous entoure.

J’habite dans une grande maison en colocation. Au milieu de ses douze âmes en quête de vérité, j’évolue comme une jeune adulte à la recherche d’identité. L’école et l’environnement dans lequel j’ai grandi m’ont appris les bases de la vie en société dans un cercle fermé. Aujourd’hui, j’apprends ce qu’est mon identité, la recherche de celle-ci et ce qu’elle signifie. Certaines questions existentielles ont leurs réponses mais moi je veux savoir quelle est ma terre d’accueil et dans quel environnement je veux évoluer car on ne me l’a jamais enseigné.

Eléonore Pascolini